Je m'étais promis que je ne ferai par un blog. Que je n'ai rien à dire, ou si peu que cela peut justifier au plus quelques pages de HTML. Que les blog m'ennuient car ils mélangent les thèmes dans une même page et me brouillent mes résultats de recherche. Mais ce soir, je change d'avis.
Pourquoi?
DADVSI. Si vous lisez ceci, vous savez de quoi il s'agit. Pour en rajouter une couche? Non. Tout le monde a bien consciencieusement passé la première, la deuxième, puis la dernière. Les assoc ont fait leur travail et les blogers le leur.
Parceque ce que je viens de voir où cela nous emmène, bien au-dela de
VLAN, de l'
Open Source, et pas du tout un risque pour HTTP comme on l'a prétendu.
Mais d'abord, je me présente. Jean-Yves Bernier, 52 ans, ingénieur un informatique, ainsi qu'en audio-numérique, membre de l'Audio Engineering Society. Un pied donc dans deux mondes directement concernés.
Ce que je viens de découvrir (avec retard, je plaide coupable) s'appelle VEIL et CGMS-A. Je vais tenter de l'expliquer, mais je donnerai des sources qui le feront bien mieux que moi. Je n'en ai pas entendu parler en France. Vous devrez lire l'Anglais.
Permettez-moi pour commencer de laisser parler Daniel Glazman qui résume comme je ne l'ai lu nulle part ailleurs mon état d'esprit aujourd'hui, 12 décembre 2005:
il serait une HONTE que vous, les chantres du Droit d'Auteur, osiez
interférer avec ses droits à disposer de sa création. Autant je peux
parfaitement concevoir que vous souhaitez protéger VOTRE industrie
musicale, autant il est inacceptable - il m'est inacceptable - que
vous mettiez en DANGER un AUTRE secteur industriel pour cela,
le mien, celui du Logiciel.
http://glazman.org/weblog/dotclear/index.php?q=sacem
et j'ajoute: celle de l'audio. Informatique et audio, des deux côtés je paie des taxes sur mes support magnétiques. Bientôt, je paierai une taxe sur ma liaison Internet. Je n'ai aucun MP3 chez moi. Cette fois c'est mon métier qu'on sabote. Et accessoirement, mais très accessoirement car je ne pratique pas le divertissement numérique, ma vie privée qu'on brade. Ça suffit!
VEIL et
CGMS-A nous éclairent sur la stratégie de l'industrie du loisir. Et à cet éclairage, on découvre ceci: DADVSI n'est qu'une étape. Pour aller plus loin, il faut boucher le "analogue hole", le "trou analogique", les sons et les images qui parviennent à votre chaîne Hi-Fi, votre téléviseur. Jusqu'ici, je croyais que la DRM ne concernait que l'univers informatique. Qu'il était simple de s'y soustraire en utilisant un lecteur de CD audio, des CD légalement achetés, légalement copiés sur un balladeur ou un "juke-box" informatique. J'avais tort.
"Plugging the Analog Hole" apparassait déjà en 2002 dans le
Content Protection Status Report la Motion Picture Association of America (MPAA). Celui-ci était très clair: Objectif 2: plugging the "analog hole"; Objectif 3: mettre une fin au P2P.
Il réapparaît dans le
"Analog Content Security Preservation Act of 2005". En un mot, il s'agt d'étendre le DRM à l'analogique. Un filigrane ("watermark") code les droits, et est reconnu par le convertisseur analogique-digital (ADC).
Ça va jusque là: l'interdiction des convertisseurs analogiques non homologuès!
Rassurez-moi, une exception est prévue pour les professionnels. Mais pour vous?
On le savait, on le répétait, le DRM ne peut tenir que par l'opacité, la rétention d'information, la criminalisation de son étude, la délégation de sa sécurité informatique à une tierce-partie, et sur un contrôle absolu de toute la chaîne jusqu'à vos yeux et vos oreilles. Nous en sommes là. Tout équipement traitant des images et du son devra être verrouillé.
Il est temps pour vous d'aller aux sources. Pour la première, j'ai choisi des architectes système, éloignés du monde médiatique et militant,
arstechnica
http://arstechnica.com/articles/culture/analog-hole.ars
An Analog Video Input Device shall not record or cause the recording of Copy Prohibited Content in digital form except for retention for a period not to exceed 90 minutes from initial receipt of each unit of such content, including retention and deletion on a frame-by-frame, minute-by-minute or megabyte-by-megabyte basis, using a Bound Recording Method, and provided that such content shall be destroyed or otherwise rendered unusable prior to or upon expiration of such period. (emphasis added.)
Une entrée video analogique ne devra pas enregistrer un contenu protégé sous forme numérique, sauf pour une rétention d'au plus 90 minutes suivie d'un effacement image par image, minute par minute, ou méga-octet par méga-octet, le contenu devant être détruit ou rendu inutilisable avant ou à la fin de cette période d'expiration
Arstechnica en tire une conclusion qui rejoint étrangement mon pressentiment:
These laws aren't about piracy, and anyone who thinks they are needs to stop, look, and listen. Once the MPAA and pals have their way, you're going to pay through the nose for even the most basic of Fair Use rights. You're going to pay for the right to rewind and "re-experience" content. The Copy Prohibited Content class, complete with its asinine insta-delete feature is nothing but a back door into attacking what the content industry hates most: your ability to timeshift content. Yes, Jack Valenti said the VCR would destroy Hollywood, and while these moonbats no longer believe that, they do know that the rhetoric works.
Les lois ne visent pas la piraterie, et quiconque pense qu'elles le font doit s'arrêter, regarder, et écouter. Lorsque ces lois seront passées, vous aurez à payer pour même le plus élémentaire des "Fair Use" (exception aux droits d'auteur pour la copie privée, représentation dans le cercle familial). Payer pour le droit de rembobiner et de "revoir" le spectacle.
Ceci est à remettre dans le contexte polémique qui entoure
TiVo?, ce magnétophone numérique programmable au service de l'usager. Nous réalisons que la copie privée ne dérange pas seulement pour son manque à gagner, elle dérange aussi (et peut-être surtout) parceque les gens ne sont pas devant leur écran à l'heure pour laquelle la communication commerciale est optimisée.
Bien sûr, les usages télévisuels et musicaux sont différents. Mais ce qu'on voit se profiler est le même schéma: ce que Arstechnia appelle
the perpetual copyright. Les droits sont atomisés. Payer une somme (que vous trouverez modique) pour écouter en basse fidélité. Payer pour réécouter. Payer pour copier. Payer pour la version haute-résolution.
Et cette stratégie nous amène tout naturellement à
la fin du CD, qui en est l'antithèse.
Admettons que je me trompe. Il reste quand-même cette incroyable prétention à confisquer tout progrès technologique, du moins à en retirer le contrôle des mains de l'usager pour les placer entre celles de l'industrie. 20 ans après Poitiers, le magnétoscope dérange encore. La cassette dérangeait déjà. Internet la dérange. En fait, TOUT dérange et ne cessera de déranger cette industrie du loisir qui, si elle poursuit ce modèle, devra confisquer le moindre bénéfice de l'innovation pour le mettre sous clé.
La magnétoscope vous libère-t-il de la contrainte du temps? On vous reprend cette liberté. Croyez-vous toujours que le piratage soit le centre du débat?
Suite:
DaDvSi2